• contact@trash-score.com

TRASTE WASTE

METS LE LIEN ICI AVEC ELEMENTOR

Dans ton cul Simone

Il était 8h42.

Théo était déjà devant son ordinateur.

Deux cafés à côté de lui.

Un troisième en cours de préparation.

Sur son écran : « Rendez-vous client – 9h00 ».

Il relisait son pitch.

« Trash Score permet aux entreprises de transformer leur gestion des déchets en véritable levier de performance… »

Il s’arrêta.

— Bon… ça commence bien.

Il relut.

— Mais est-ce que c’est trop sérieux ?

Il ajouta :

« …économique, environnemental et réglementaire. »

Il regarda la phrase.

— Non. Là, on dirait que je travaille pour le ministère de la Transition écologique.

À ce moment-là, Louis entra dans le bureau.

Sac à dos.

Ordinateur sous le bras.

Et surtout…

Un énorme sac-poubelle noir à la main.

Théo le regarda.

Silence.

— Louis.

— Oui ?

— Pourquoi tu as un sac-poubelle ?

— C’est important.

— Pour le rendez-vous ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Louis posa délicatement le sac sur la table.

— Parce que je veux leur montrer quelque chose.

Théo soupira.

— Louis… on va voir le directeur industriel d’une ETI. On ne va pas lui faire une démonstration de tri sélectif.

— Justement.

Louis ouvrit le sac.

Il en sortit :

une bouteille en plastique,

un carton,

une canette,

un morceau de métal,

un vieux câble électrique,

et…

une chaussure.

Théo fixa la chaussure.

— Pourquoi il y a une chaussure ?

— Je sais pas.

— Et tu comptes expliquer quoi avec ça ?

— Que les flux sont mal maîtrisés.

— Louis…

— Quoi ?

— On a rendez-vous dans 18 minutes.

— Justement, faut être concret.


8h51

Théo préparait la présentation.

Louis, lui, était en train de faire une cartographie des déchets présents dans le bureau.

— Papier : poubelle classique.

— Louis…

— Carton : poubelle classique.

— Louis.

— Canette : poubelle classique.

— LOUIS.

— Oui ?

— ARRÊTE D’AUDITER LE BUREAU.

Louis se retourna.

— On dit pas audit.

Silence.

Théo ferma les yeux.

— Oui.

— On dit évaluation.

— Oui.

— C’est important.

— Je sais.

— Parce que sinon juridiquement—

— LOUIS.

— Oui ?

— J’ai compris.

Louis sourit.

— Parfait.


8h57

Théo attrapa son téléphone.

— Le client vient de se connecter.

Louis s’assit.

Théo démarra la visio.

— Bonjour Monsieur Martin, merci beaucoup pour votre temps…

Tout se passait bien.

Très bien même.

Le client expliquait :

— Aujourd’hui, nous avons plusieurs prestataires déchets, mais nous avons du mal à avoir une vision globale. On sait qu’on valorise beaucoup, mais…

Louis se redressa.

Théo sentit immédiatement le danger.

— …mais on ne sait pas vraiment si on est performants.

Louis prit la parole.

— Exactement.

Théo le regarda.

Louis continua :

— Parce que valoriser 80 % de ses déchets ne signifie pas nécessairement être performant.

Le client acquiesça.

— C’est exactement notre problème.

Théo sourit.

Parfait.

Louis poursuivit :

— Par exemple, si vous générez 10 000 tonnes de déchets…

Théo hocha la tête.

— …et que vous en valorisez 8 000…

Le client écoute attentivement.

— …vous avez 80 % de valorisation.

Théo sourit.

— Mais si vous pouviez éviter 3 000 tonnes dès le départ…

Louis marqua une pause.

— …vous n’auriez plus besoin de valoriser les 3 000 tonnes.

Théo se dit :

Ça y est. Louis est lancé.

— Donc votre vrai sujet, ce n’est pas uniquement : « Combien je valorise ? »

Louis se pencha vers la caméra.

— C’est : « Pourquoi je produis autant de déchets ? »

Le client :

— Exactement.

Théo :

— Très bien.

Louis :

— Et c’est pour ça qu’on a créé Trash Score.

Théo :

— Parfait.

Louis :

— Avec notre méthode TRASH SCORE 360.

Théo :

— Très bien.

Louis :

— SCAN.

Théo :

— Oui.

Louis :

— RÉVÉLER.

Théo :

— Oui.

Louis :

— ALIGNER.

Théo :

— Oui.

Louis :

— PILOTER.

Théo :

— Oui.

Louis :

— VALORISER.

Silence.

Le client sourit.

— C’est très structuré.

Théo :

— Merci.

Louis :

— On peut même aller plus loin.

Théo se fige.

Non.

— Louis…

Mais trop tard.

— Vous avez déjà votre taux de valorisation par flux ?

Le client :

— Oui.

— Votre coût moyen à la tonne ?

— Pas précisément.

— Votre taux de traçabilité ?

— Non.

— Votre coût de non-valorisation ?

— Non plus.

Louis se tourne vers Théo.

— Tu vois ?

Théo :

— Oui.

Louis :

— C’est exactement ce que je dis.

Théo :

— Oui Louis.

Louis :

— Il faut piloter.

Théo :

— Oui.

Louis :

— Les déchets.

Théo :

— Oui.

Louis :

— Comme une entreprise.

Théo :

— Louis…

— Oui ?

— Laisse-moi parler maintenant.


10h12

Le rendez-vous venait de se terminer.

Le client était intéressé.

Très intéressé.

Il avait demandé une proposition.

Théo ferma son ordinateur.

— Franchement, c’était bien.

Louis :

— Oui.

— Très bien même.

— Oui.

— Mais tu as failli nous perdre avec ton histoire de chaussure.

Louis regarda le sac-poubelle.

— Attends.

Il fouilla dedans.

— Je l’ai toujours.

— Pourquoi ?

— Je vais la garder.

— Pour quoi faire ?

— Benchmark.

Théo resta silencieux.

— Tu veux benchmarker une chaussure ?

— Non.

— Alors pourquoi ?

— Je sais pas encore.


Deux semaines plus tard

Le téléphone sonna.

— Bonjour, c’est Monsieur Martin.

Théo décrocha.

— Bonjour Monsieur Martin !

— On a une question.

Théo :

— Je vous écoute.

— Est-ce que votre méthode permet de comparer nos performances à celles d’autres entreprises ?

Théo :

— Oui, notamment à travers des indicateurs—

Louis surgit derrière lui.

— BENCHMARK !

Théo :

— …

Monsieur Martin :

— Pardon ?

— Rien, excusez-moi.

Louis chuchota :

— Il faut lui parler du benchmark.

Théo lui fit signe de partir.

Louis resta.

Théo reprit :

— Oui, nous pouvons effectivement vous permettre de vous situer par rapport à des références sectorielles.

— Très intéressant.

— L’objectif est de ne pas simplement vous dire si votre gestion des déchets est conforme…

Louis chuchota :

— Performance.

— …mais de mesurer votre niveau de performance.

— D’accord.

Le client hésita.

— Et vous attribuez une note ?

— Oui.

— Sur combien ?

— Sur 5.

Louis leva cinq doigts.

Théo le regarda.

— Merci Louis.

— Avec plaisir.


Quelques mois plus tard

Trash Score commençait à grandir.

Les rendez-vous s’enchaînaient.

Les prospects aussi.

Et Théo avait développé une compétence très particulière :

détecter une poubelle mal triée à 30 mètres.

Un jour, ils étaient chez un prospect.

Une grande entreprise.

Visite du site.

Le directeur industriel expliquait :

— Ici, nous avons mis en place un système très performant de tri.

Théo sourit.

— Très intéressant.

Louis regardait les bacs.

Il ne disait rien.

Théo connaissait ce regard.

— Louis ?

— Rien.

— Quoi ?

— Rien.

— Je te connais.

Louis pointa un bac.

— Là.

— Quoi ?

— Carton.

— Oui.

— Il y a du plastique dedans.

— Oui.

— Et là.

— Quoi encore ?

— Déchet alimentaire.

— Oui.

— Dans le carton.

Théo soupira.

Le directeur industriel commença à transpirer.

— Bon…

Louis continua :

— Et là…

Théo lui attrapa le bras.

— Louis.

— Quoi ?

— On est chez le client.

— Justement.

— On n’est pas venu contrôler ses poubelles.

Louis :

— Je ne contrôle pas.

Théo :

— …

— J’observe.

— C’est pire.


Le soir même

Les deux étaient dans la voiture.

Théo conduisait.

Louis regardait les notes prises pendant la visite.

— Tu sais quoi ?

— Quoi ?

— On devrait créer une application.

Théo réfléchit.

— Pour quoi ?

— Tu prends une photo de ta poubelle…

— Oui ?

— …et l’application te donne ton Trash Score.

Théo réfléchit.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que notre sujet, c’est la performance globale de l’entreprise.

— Oui.

— Pas de savoir si Gérard a mis son pot de yaourt dans la mauvaise poubelle.

Louis :

— Dommage.

Silence.

Puis Louis :

— Ça pourrait quand même être drôle.

Théo :

— Louis.

— Oui ?

— On est une boîte BtoB.

— Oui.

— On vend à des ETI, des grands groupes, des collectivités.

— Oui.

— Pas à Gérard.

— Dommage.


Quelques jours plus tard

Ils étaient au bureau.

Théo travaillait sur une proposition commerciale.

Louis sur la méthodologie.

À 18h42, Théo leva les yeux.

— Louis.

— Oui ?

— Tu sais ce que je viens de réaliser ?

— Qu’on doit changer notre logo ?

— Non.

— Qu’on doit recruter ?

— Non.

— Qu’on doit faire un tableau de bord ?

— Oui mais non.

Théo sourit.

— Depuis qu’on a créé Trash Score, on ne regarde plus jamais une poubelle normalement.

Louis réfléchit.

— C’est vrai.

— Quand je vais chez quelqu’un, je regarde son tri.

— Moi aussi.

— Quand je vais au restaurant, je regarde les bacs.

— Moi aussi.

— Quand je prends un café…

— Tu regardes les déchets.

— Oui.

Louis sourit.

— On est foutus.

Théo :

— Complètement.

Un silence.

Puis Louis :

— Tu crois qu’on devrait faire notre propre Trash Score ?

Théo :

— Comment ça ?

— Évaluer notre entreprise.

— Sur quoi ?

Louis réfléchit.

— Volume de déchets produits.

— Bon.

— Taux de valorisation.

— Bon.

— Coût des déchets.

— Bon.

— Traçabilité.

— Bon.

— Et surtout…

Il regarda les deux poubelles du bureau.

— …nombre de cafés consommés par jour.

Théo :

— Ça va être notre pire indicateur.

Louis :

— On est probablement à 5/5.

Théo :

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce qu’à ce niveau-là, c’est plus un indicateur.

— C’est une addiction.


Le lendemain matin

8h02.

Théo arrive au bureau.

Il pose son ordinateur.

Regarde Louis.

Regarde la machine à café.

Regarde les poubelles.

— Bon.

Louis :

— Quoi ?

— Aujourd’hui, on fait les choses sérieusement.

— Oui.

— On mesure tout.

Louis prend un carnet.

— D’accord.

— Volumes.

— Oui.

— Coûts.

— Oui.

— Flux.

— Oui.

— Performance.

— Oui.

Théo boit une gorgée de café.

— Et on commence par quoi ?

Louis réfléchit.

Puis désigne la poubelle.

— Le carton.

Théo soupire.

— Évidemment.

Et c’est ainsi que, ce jour-là, Trash Score devint probablement la seule startup française capable de passer 45 minutes à discuter de la performance d’un carton de livraison Amazon.

Mais une chose était sûre :

le carton, lui, allait finir valorisé. 😎♻️